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Mixités françaises ou un autre visage pour l'identité française
Marie-Hélène Koffi-Tessio
Novembre 2005 : c’est sous le signe de la révolte et de l’émeute que se révèle sur nos écrans et un peu partout dans le monde, une France de facto multiethnique. Il est à regretter qu’il ait fallu pour cela, une explosion.
Ces jeunes gens, qui expriment leurs revendications et leur colère en incendiant voitures et magasins, sont les descendants de ceux qui dans les années d’après-guerre, vinrent suppléer à la pénurie de main-d’œuvre dans les pays belligérants d’Europe. On fit appel à une force de travail ; des humains ont répondu. D’abord composés essentiellement d’hommes seuls, la cellule familiale des immigrants se recompose avec la loi permettant, en France, le regroupement des familles. A ces immigrants se joignirent d’autres, chassés de leurs pays par la guerre, la famine ou la misère.
Pour leurs enfants, nés sur le territoire français actuel, la langue d’origine est presque toujours comprise mais souvent non parlée. Le pays d’origine est pour ainsi dire un pays rêvé, connu de façon fragmentaire au cours de séjours plus ou moins longs, et à travers le souvenir des parents ; mais bien souvent, le pays du temps d’avant le départ de ceux-ci a changé, et, comme le constate Kristeva dans Etranger à nous-mêmes, ceux qui sont partis deviennent les dépositaires et les gardiens d’une tradition qui chez eux, s’est déjà métamorphosée. Le repère tangible, le pays réel, c’est donc l’Hexagone pour ces enfants de la seconde ou troisième génération. Français par le jus soli, mais français aussi par leur vécu dans l’Hexagone.
La plupart des pays d’Europe ont suivi une trajectoire similaire à celle suivie par la France. A l’immigration venue d’autres pays d’Europe (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Suisse et Allemagne fin XIXème, puis Italie, Belgique, Pologne et Tchécoslovaquie au tout début du XXème siècle) [1], ont succédé au vingtième, des immigrants originaires des anciennes colonies d’Afrique ou d’Asie. Les émeutes françaises de 2005 ne sont pas sans rappeler celles de 1981, à Brixton, en Grande Bretagne. Dans le rapport de la commission présidée par Lord Scarman, les causes déterminantes de cette explosion ressemblent à celles qui ont provoqué un embrasement similaire en France: taux de chômage élevé, exclusion de la vie sociale, économique, et politique du pays, brutalités et harcèlement policiers.
Le but de cet article est triple : essayer de voir dans un premier temps ce qui dans le système français justifie la situation d’exclusion actuelle, l’impact aussi que cette situation peut avoir sur les enfants de la deuxième et de la troisième génération et enfin, en observant les exemples d’autres pays, déblayer des pistes possibles pour une solution.
QUELLE POLITIQUE POUR L'INTEGRATION OU COMMENT PEUT-ETRE FRANCAIS ?
La première question que l’on peut se poser est celle-ci : que signifie être français, ou plus exactement, comment la nation française conçoit-elle son identité?
Dans l’« Eclaircissement au tome III » (1837) de son Histoire de France, Jules Michelet [2] donne une définition qui présente la nation française comme hétérogène à l’origine, mais homogène, voire uniforme à l’arrivée : « (…) la France, par son progrès propre, va transformant tous ses éléments bruts. De l’élément romain municipal, des tribus allemandes, du clan celtique, annulés, disparus, nous avons tiré à la longue des résultats tout autres, et contraires même, en grande partie, à tout ce qui les précéda (…) » [3].
L’idée prégnante de ce passage est que, si les peuples qui forment le fonds de la nation française diffèrent à l’origine, le creuset que constitue la nation elle-même, a érodé, et fait disparaître toute hétérogénéité. La même idée est relayée par Paul Claudel, dans Les conversations dans le Loir-et-Cher (1962). L’un des personnages, Furius, s’exclame : « Ce sont cependant ces Français, résidu de quarante peuplades hétéroclites et de trois ou quatre races disparates[4] (car, qu’y a-t-il de commun, je vous prie, entre un Flamand et un Basque, un Corse, un Alsacien, pour ne pas dire un Kabyle et un Breton ?) qui, incessamment pressés, comprimés, remués et malaxés dans ce fond de chausse qu’est notre pays au fin bout de la péninsule européenne, ont cependant fait d’eux-mêmes ce que le monde voyait pour la première fois : une nation, un corps où l’esprit et la volonté pénétraient et dominaient la matière, quelque chose de si incorporé et de si fondu[5] que notre République a pu prendre comme synonyme le magnifique titre de Une et Indivisible » (33).
Si quarante peuplades allogènes peuvent tous constituer une nation, ce qui pose donc problème, ce n’est pas tant, a priori, qu’il y ait différence ou hétérogénéité à la base, c’est que cette hétérogénéité puisse subsister ou transparaître. Qu’il soit représenté dans un récit (Claudel) ou sous l’angle de l’historicité (Michelet) le modèle du citoyen français prôné est donc un modèle composite, certes, mais dans lequel ne subsiste rien qui soit reconnaissable, des compositions d’origine [6]. Et c’est ici que se montre une contradiction majeure entre politique et politique sociale. Si la loi permet aux immigrants d’être naturalisés, et si leurs enfants nés en France peuvent être français, si enfin ne peuvent être considérés et acceptés comme Français que ceux qui auront été si bien incorporé[s] que chez eux auront disparu les traces des origines, est-ce donc en entassant des étrangers venus d’horizons divers dans des immeubles géants de douze étages, à l’écart des Français dits « de souche », que l’on compte arriver à « l’intégration »? Dans une société où le modèle de rigueur est justement l’assimilation, donne-t-on aux étrangers nés sur le sol français la moindre chance de s’intégrer en les marginalisant dans un ghetto?
CHRONIQUE D'UNE CRISE ANNONCEE
En 1995 le film La haine de Matthieu Kassowitz présente un état des lieux alarmant : une jeunesse déboussolée, sans travail, sans espoir d’avenir, reléguée dans des zones de marginalisation foucaldienne au ban de la société, soumise au harcèlement policier : les banlieues. L’événement qui représente le point d’orgue du film est une attente et un questionnement : un jeune homme arrêté par la police au cours d’une émeute, suspendu entre la vie et la mort, survivra-t-il ? Une visite à Paris est vécue par les trois protagonistes comme une expédition sur une autre planète où, à leur grande surprise, les policiers sont polis et leur répondent comme à des êtres normaux. Si cet incident en dit long sur les rapports entre policiers et habitants des banlieues, elle en dit long aussi sur toute la distance qui sépare ces habitants de ce qui est pourtant aussi leur capitale. L’impression qui se dégage de ce film est que le ghetto où vivent ces enfants de la seconde génération est pour ainsi dire un autre pays, une enclave au sein de la République, un lieu auquel s’appliquent des règles différentes. Mais autant que cet état de fait, le film dénonce l’aveuglement obstiné de la société en général, le refus de faire face à une situation qui s’envenime et risque à tout moment de s’embraser ; c’est ce que symbolise, l’anecdote de l’homme qui tombe d’une tour et qui tout au long de sa chute se dit : « jusqu’ici tout va bien… jusqu’ici tout va bien…» oubliant que le véritable problème se pose à l’atterrissage.
DU DRAME SOCIAL AU DRAME PERSONNEL
Les témoignages de la rencontre manquée entre une nouvelle génération de citoyens nés sur le sol français, et le système républicain, ne manquent pas. La perception que ceux qui n’y vivent pas, ont des difficultés des banlieues, de la violence, du chômage, ou de la pauvreté qui y sévissent, se résume grosso modo à ceci : zones de contagion à éviter. Au mieux, cette perception se résume à des chiffres et à des statistiques anonymes. Mais derrière ces chiffres et les incidents diffusés à la télévision, ce que l’on ne perçoit pas, c’est le désarroi, ce sont les drames sociaux et psychologiques qui découlent de cette ghettoïsation. Et c’est là que la littérature et le cinéma peuvent prendre le relais. Dans son article «The Silenced Minority» [7] (La minorité réduite au silence), Caryl Phillips [8] parle de l’avancée du Vlaams Block, le parti d’extrême droite flamand en Belgique. Selon lui, seuls l’écriture et l’art en général peuvent permettre de contrer la représentation négative et stigmatisante que propage ce parti d’extrême droite. « Having the authority over our own story, and the means to tell it, is the most potent weapon that any of us are able to utilise against [a] corrupt vision (…)» (Pouvoir témoigner de notre propre histoire, et avoir les moyens de la dire, est l’arme la plus puissante que n’importe lequel d’entre nous peut utiliser pour lutter contre [une] perception faussée (…)». Avoir une voix, pouvoir raconter sa propre histoire : c’est sans doute la meilleure manière de se représenter et d’être appréhendé en tant que personne humaine et non perçu comme une masse indistincte d’individus qu’il faut craindre ; le moyen peut-être de se faire connaître par delà les idées reçues.
Vivre me tue (1997) de Paul Smaïl, alias Jack-Alain Léger [9], pourrait remplir ce rôle, et peut-être le fait-il dans une certaine limite. Certes, de savoir a posteriori que la voix qui se dissimule derrière celle de l’auteur présumé, officiellement un jeune «Beur» qui ne mâche pas ses mots, soulève quelques questions, voire un malaise [10] : les clichés énoncés par cette même voix sont-ils effectivement ceux d’une vox populi anonyme et non-identifiée, ou pourraient-ils être ceux du véritable auteur lui-même? Par delà les discussions sur le caractère xénophobe et islamophobe ou non de ce texte, reconnaissons-lui l’avantage de corroborer dans une certaine mesure, le documentaire de Yamina Benguigui : L e plafond de verre (2004). Ce qui est souvent occulté dans nombre de débats, mais se retrouve dans Vivre me tue comme dans Le plafond de verre, c’est l’impact psychologique voire physiologique désastreux de la marginalisation. Le visage du jeune homme qui ouvre le documentaire de Yamina Benguigui est un visage souffrant. D’une discrimination à l’autre est né le doute, le désarroi, puis la maladie. Le regard qui marginalise, étiquette, méprise et rejette, finit par faire de ceux qui en sont la cible, des êtres déchirés. Il peut aussi générer la haine de soi. Le personnage de Paul Smaïl, titulaire d’un diplôme universitaire en littérature, rêve d’être écrivain. Constamment exposé au rejet et à la stigmatisation, il a intériorisé l’image négative que les autres projettent de lui : « je me trouvais affreux, affreusement gauche », « trop brut », « pas assez civilisé ». « Je sentais Barbès. J’étais un pauvre crouille [11]» (90). Ce qui en ressort, c’est que cette projection négative des autres sur soi finit par affecter la relation aux autres. Paul est un être inquiet qui doute de lui et des autres. Son frère, Daniel, s’autodétruit à coups de stimulants et de métabolisants. Le harcèlement policier auquel il est soumis dans le pays dont il est pourtant citoyen, pèse si lourdement sur sa vie que ce qui l’attire à Hambourg et y scelle son destin, c’est le sentiment de liberté que lui donne l’absence de contrôle; à Hambourg, il se sent un homme parmi les autres et non un « immigré » en constant délit de faciès. La question de la vérification systématique des papiers est d’ailleurs un problème aigu. Pour un policier, ce n’est que de la prévention de délinquance, une vérification «de routine ». Pour un jeune homme constamment sommé de prouver sa nationalité dans le pays même où il est né, c’est le déni constant de son droit à exister en tant que citoyen, le démenti de son droit à vivre là, la remise en question permanente de son identité française. Est-il alors possible de se sentir français avec les droits et les devoirs d’un citoyen français, quand on vous ordonne constamment de prouver, papiers en main, que vous l’êtes ?
SOLUTIONS POUR UNE INTEGRATION ?
Si l’on considère le monde occidental dans son ensemble, des efforts ont été faits, ici et là pour une plus grande acceptation et une plus grande intégration dans la vie quotidienne, culturelle et politique, de gens issus de l’immigration. En Angleterre, le rapport de Lord Scarman recommandait comme solution, l’accession des minorités ethniques aux universités, aux professions libérales, à la police, à la vie publique et politiques, ainsi qu’à des postes-clés de l’industrie et du monde des affaires.
Les États-Unis longtemps montrés du doigt pour leur politique ségrégationniste, comptent, en plus des minorités que l’on côtoie dans les rues des grandes villes, nombre de personnalités de couleur non négligeables. Il est, par exemple, courant de voir sur le petit écran, des commentateurs et des journalistes d’origine asiatique, sud-asiatique, hispanique ou africaine. Nés de parents immigrés de fraîche date, leurs noms ne sont pas toujours anglo-saxons. Le monde politique s’est lui aussi adapté au changement de la population. Barack Hussein Obama, anciennement professeur de droit à l’Université de Chicago, né à Hawaii d’un père kenyan, a été élu sénateur, représentant de l’état de l’Illinois. Il est le cinquième sénateur noir de l’histoire américaine. Colin Powel, né à New York de parents jamaïcains a occupé le rang de secrétaire d’Etat, chargé de la sécurité et des relations internationales. Nous laisserons de côté des gens comme Oprah Winfrey [12], Jessie Jackson, Condoleeza Rice ou Mae Jemison [13], car leurs familles présentes sur le territoire américain depuis des siècles, ne sont pas des enfants de la deuxième ou troisième génération. La curieuse ironie du système américain [14] est que le racisme qui s’y manifeste comme partout ailleurs dans les brutalités policières ou le difficile accès à un enseignement de valeur par exemple, n’empêche pas la mobilité sociale.
L’Angleterre de son côté a intronisé John Tucker Mugabi Sentamu, né en Ouganda, archevêque de York. Il est le premier archevêque noir de l’église anglicane. Quelques mois auparavant, elle avait élu un maire d’origine pakistanaise : Mohammed Afzal Khan, Lord-Mayor de Manchester. La France a eu Kofi Yamgnane, français d’origine togolaise, élu maire de Saint-Coulitz dans le Finistère en 1989, ministre des affaires sociales et de l’intégration, et député du Finistère de 1993-2002. Depuis disparu de la scène politique. Elle a désormais Azouz Begag, ministre de l’égalité des chances. Mais la question qui se pose est la suivante : la marche de manœuvre qui est accordée à ce dernier lui permettra-t-il d’apporter un réel changement et d’œuvrer à l’insertion des Français issus de l’immigration dans le tissus économique, social et politique?
PATRIE ET CITOYENNETE
Dans son chapitre «La France est une idée», Michel Winock faisant référence à Michelet, fait remonter à la guerre de Cent Ans et à Jeanne d’Arc, la naissance d’un sentiment d’appartenance à une même collectivité. Cette appartenance sera entérinée à la Révolution, à Paris, par les délégués de tous les départements venus affirmer au Champ-de-Mars, leur adhésion volontaire à la nation, le 14 juillet 1790. Winock distingue entre une France dont la souveraineté s’incarnait en la personne du roi, et des peuples qui choisissent de former une nation ; faire partie de la nation française devenait dès lors, un acte de volonté. « Pendant des siècles, on n’avait jamais demandé leur avis aux Alsaciens, pas plus qu’aux habitants de la Gascogne ou de la Franche-Comté : ils étaient devenus français en vertu du droit de plus fort. Mais justement, désormais la Révolution prêchait à l’univers ce nouvel évangile : nous appartenons à telle ou telle communauté historique en fonction de notre adhésion. Nous choisissons d’être français » (25-26).
Ernest Renan [15] dans un discours datant de1882 et resté célèbre, promeut la même idée d’une nation fondée sur la « volonté commune » de vivre ensemble. Il n’est pas certain que même les délégués à l’époque de la Révolution aient eu d’autre choix, pour des raisons politiques et économiques que de se joindre à la formation de la nouvelle nation, mais le but ici n’est pas de discuter le point de vue de Winock ou de Michelet sur la question. Ce qui nous intéresse, c’est la notion du choix d’une patrie et d’une nation appliquée aux enfants de la seconde génération. Naître quelque part n’est certainement pas un acte de volonté. Par contre, vivre dans un pays vous y donne des repères, et devient une partie intrinsèque de votre identité. La France dispose donc de citoyens qui, soit parce qu’ils y sont nés et y ont grandi, soit parce qu’ils ont choisi d’y émigrer, ont toutes les raisons de vouloir y rester et d’être français à part entière. La marginalisation dans les ghettos est manifestement un frein, et l’insertion économique constitue une condition sine qua non de leur intégration dans la société. Que ce soit par la discrimination positive ou la rééducation des mentalités, il appartient au gouvernement de créer les conditions de cette intégration. Elles ne se créeront pas d’elles-mêmes.
Marie-Hélène Koffi-Tessio
BIBLIOGRAPHIE
Begag, Azouz, « Of Imposture ans incompetence : Paul Smail’s Vivre me tue» in Research in African Literatures , Vol. 37.1, 2006, p.55-71.
Claudel, Paul, Conversations dans le Loir-et-Cher, Paris, Gallimard, 1984.
Kristeva, Julia, Etranger à nous-mêmes, Fayard, Paris, 1988.
Michelet, Jules. « Eclaircissement au tome III» Histoire de France, Paris, Calmann-Levy, 1897-1903.
Phillips, Caryl. “The Silenced Minority”, The Guardian, 15 mai 2004.
Scarman, Leslie George, Sir. The Scarman report : report of an inquiry by Lord Scarman presented to Parliament by the Secretary of State for the Home Department by command of Her Majesty, November 1981, Harmondsworth, Middlesex, Eng., New York, N.Y., Penguin Books, 1982.
Smaïl, Paul, Vivre me tue, Paris, Balland, 1997.
Winock, Michel, Parlez-moi de la France, Paris, Plon, 1995. Seuil, 1997.
Weil, Patrick, La France et ses étrangers, Paris, Calmann-Levy, 1991 ; Gallimard, 1995.
[1] Patrick Weil, La France et ses étrangers, Paris, Calmann-Levy, 1991, p. 28-29.
[2] Jules Michelet (1798-1874). Historien, consécutivement professeur d’histoire et de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure, et au Collège de France.
[3] C’est nous qui soulignons.
[4] C’est nous qui soulignons.
[5] Cité par Michel Winock dans Parlez-moi de la France, Paris, Plon, 1995 ; Seuil, 1997. C’est nous qui soulignons.
[6] Il est à noter que des générations d’immigrants et d’enfants d’immigrants se sont intégrées dans la société française. Pour ne citer que quelques exemples : Christine Bravo d’origine espagnole, Edouard Balladur d’origine turque, Guillaume de Kostrowitzky, alias Apollinaire, Russe, Patrick Devedjian, d’origine arménienne, Romain (Kacew) Gary/Emile Ajar prix Goncourt par deux fois, Lituanien, comme Emmanuel Levinas philosophe de l’altérité, Nicolas Sarkozy, d’origine hongroise. Ce qui soulève la question de savoir si le rejet et la marginalisation sont une question de phénotype et d’ethnicité ou le fait qu’une mentalité restée « coloniale » ne peut admettre sur un pied d’égalité, des citoyens originaires de territoires colonisés.
[7] Paru dans The Guardian du 15 mai 2004.
[8] Caryl Phillips est écrivain et professeur à l’université de Yale. Originaire de Saint Kitts, il a grandi dans la ville de Leeds, en Angleterre.
[9] Nous prenons en compte les critiques de M. Azouz Begag sur la validité et la portée testimoniale de ce texte. Sans pour autant remettre ces critiques en cause (les incohérences du texte et des faits, le rejet virulent de l’Islam, l’apologie de l’individualisme que M. Begag reproche à cet ouvrage) ce sur quoi nous souhaitons attirer l’attention dans ce cas très précis, c’est non la validité de la voix qui s’exprime, mais la souffrance exprimée par la voix tout apocryphe qu’elle soit, de Paul Smaïl.
[10] Le procédé n’est pas nouveau. En 1946, Boris Vian sous le pseudonyme de Vernon Sullivan retrace dans J’irai cracher sur vos tombes l’itinéraire d’un jeune homme noir suffisamment clair pour se faire passer pour blanc et venger le lynchage de son frère. En 1961, John Howard Griffin qui a suivi un traitement pour se noircir la peau publie un ouvrage qui témoigne de la condition de l’homme noir dans le sud des Etats Unis : Black Like Me. En 1985 Gunter Walraff, journaliste allemand s’étant fait passer pout turc, décrit la condition d’un immigré turc en Allemagne dans Ganz Unten (Tête de Turc).
[11] M. Begag note que ce terme est anachronique, marqué socialement, et donc improbable dans la bouche d’un jeune Beur d’aujourd’hui. La traduction anglaise du texte de M. Begag faite par Alec Hargreaves (parue dans Research in African Literatures) a servi de référence pour cet article.
[12] O. Winfrey est une femme-entrepreneur, et occasionnellement une actrice. Elle possède son propre programme télévisé ainsi qu’un magazine. C’est la première femme Afro-Américaine à devenir multimillionnaire. Elle a été classé la neuvième fortune féminine du monde.
[13] Médecin, bénévole en Thaïlande, Sierra Leone et Liberia, première femme noire astronaute à la NASA.
[14] L’autre ironie est que la prolifération et la disponibilité de la technologie rend facile l’enregistrement sur film des brutalités policières. Les pays d’Europe qui n’ont pas la même disponibilité en matière d’audio-visuel font figure de zone de tolérance alors que les témoignages, douloureux, de ceux qui subirent des exactions démentent cet état de fait. Souvent démunis, et surtout traumatisés et paralysés par la peur des représailles, les victimes préfèrent se taire. La blessure (2005) de Nicolas Klotz est l’un des films qui illustrent cette situation
[15] Ernest Renan (1823-1892), historien.
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